INTRODUCTION

Nous avons rassemblé ici tous les documents antérieurs au Bronze Final recueillis, de 1929 à 1976, sur le terrain de la commune de Mailhac, au hasard des labours profonds. Le plus souvent il s’agit de ramassages de surface, parfois nous avons pu pratiquer quelques sondages, plus rarement fouiller entièrement le gisement.

Nous tenons à publier toutes nos observations de fouilles. Peu nous importe la manière dont on utilisera ce matériel, nos conclusions personnelles peuvent être révisées, mais elles sont fondées sur des observations qui doivent être connues.

Le matériel céramique est intimement lié à la géologie et nous attachons beaucoup d’importance à l’étude des « dégraissants ». Il est difficile d’identifier très précisément les cristaux transparents présents dans certaines séries car ils sont toujours broyés, parfois très finement. Notre instrument d’observation n’est qu’une loupe de bijoutier, et des tests chimiques seraient souhaitables pour distinguer entre autres le quartz de la calcite. Nous avons essayé le plus simple, l’acide chlorhydrique sur les tessons et nodules du Péreiras, qui ne donnent aucune réaction et sont probablement du quartz, puis sur des tessons de la Grotte de la Treille, ici, les cristaux qu’ils renferment sont apparemment tous de la calcite, ce qui expliquerait le grand nombre de tessons vacuolaires. Mais nous n’avons pas entrepris cette vérification sur tous les tessons, indiquant seulement dans les dégraissants : « quartz ou calcite ». Ce travail n’est pas exhaustif et nous essayons seulement d’ouvrir des voies de recherche. Il serait souhaitable qu’une étude approfondie des dégraissants de nos tessons soit entreprise par des spécialistes comme sur les sites de Chalain (MARTINEAU - CONVERTINI - BOULLIER 2000, p. 57 - 71)

Pendant cette longue période, la technique de fabrication des poteries n’a guère changé, mais on sent une perpétuelle recherche expérimentale dans le choix des terres et leur préparation. L’argile ou la marne sont assez rarement épurées. Le plus souvent, au contraire, on y ajoute des sables ou des matériaux censés renforcer la solidité des vases, l’un des plus visibles est le quartz ou la calcite plus ou moins finement broyés. Ces préparations devaient se faire en petites quantités, chacune permettant au plus de façonner une dizaine de vases, ce qui donne une grande variété dans la composition des pâtes. Certaines préparation très particulières permettent d’identifier à coup sûr les vases qui en sont issus, c’est le cas pour les vases 95 à 98, 136, 137, 138 et 158 de la station du Périer, ces huit vases sont façonnés avec la même préparation.

La présence de nodules d’ocre rouge dans les vases de la vallée de Cas n’a rien d’étonnant. Dans certains secteurs environnants, il était facile avant l’invasion du maquis d’en ramasser en surface des quantités appréciables. Il faut le ­remarquer en passant, la campagne que nous avons connue au temps des troupeaux devait ressembler beaucoup à celle des temps néolithiques. Il y a aussi de l’ ocre rouge dans beaucoup de tessons de la station de Carreirasse, mais là nous ne connaissons pas assez bien le terrain pour savoir si on en trouve aussi dans les parages (voir les n° 568, 573, 574, 577, 582, 589, 594, 599, 600, 601, 603). La genèse des engobes à l’ocre rouge nous parait évidente. Les potiers ont dû remarquer d’abord qu’un grain d’ocre rouge écrasé à la surface du vase au cours du polissage donnait après cuisson une belle tache rouge solide. La grotte de la Crouzade a donné un bel exemple d’utilisation de cette propriété sur un tesson décoré où la tache rouge est circonscrite par un cercle de points profondément estampés (HELENA 1936, fige 31). Ensuite, ils ont manifestement essayé d’obtenir des vases entièrement rouges et pour cela préparé un enduit épais très chargé en ocre finement broyé dont ils ont tartiné les vases à l’extérieur. C’est très net au Rossignol : sur les 1572 tessons non fichés, 25 au moins portent cet enduit, aux Roumanissés (vase n° 359) à Embusco II (n° 406, 407, 423) à Embusco III (n° 531, 532, 553) et plus de 23 au moins non fichés. Il y en a aussi dans la grotte de Treille ( n° 616 à 621, 636 par exemple).

Au VIIème siècle avant J.-C. les ateliers de potiers établis dans la vallée de Cas perpétuent ces traditions (TAFFANEL 1956, fig. 5 n° 12). A cette époque, l’engobe rouge était plus fluide et passé au pinceau, mais procède des mêmes matériaux. Le montage se faisait au colombin, plus ou moins fin, selon la taille du vase à réaliser. Un colombin est encore visible sur la tranche du vase n° 199 de la station de Saint-Jean-de-Cas 1964. La surface était régularisée, souvent au peigne dont il reste rarement des traces (Embusco III n° 516) et ensuite polie au lissoir.

La cuisson est toujours « à la volée » ce qui entraîne la destruction de la meule et rend aléatoire le repérage des points de cuisson. Là aussi, certains indices pourraient aider à regrouper des vases cuits en même temps. Nous avons remarqué que certaines pièces présente à la cassure une étroite zone très rouge sous la fine pellicule foncée superficielle. Il pourrait s’agir d’un accident de cuisson mais nous ne savons pas s’il affectait toute la fournée au seulement une partie. D’autre part, cette hypothèse ne peut s’appliquer qu’aux vases d’un même site. Ainsi nous en avons quatre au Bronze Final dans la nécropole du Moulin : n° 11290, 11292, 11330, et 11343 (TAFFANEL - JANIN 1938). Ici, il y en a dans le site du Périer (n° 146 et 160) de Saint-Jean-de-Cas 1963 A (n° 241) de la Sernine (n° 214) de la Carreirasse (n° 564, 574) et d’Embusco III (n° 487, 495, 547). Malgré les destructions dues à la mise en culture des terrains arables, car les poteries de cette époque résistent mal au gel et les tessons ramenés en surface ne tardent pas à se désagréger cette documentation ne peut que s’enrichir.

La garrigue recouvre encore de nombreux sites inconnus et dans la plaine d’autres sites ont pu être recouverts d’alluvions trop épaisses qui les mettent à l’abri des labours profonds.

Nous en avons trois exemples au tènement de la Caussade avec les foyers 186 bis, 157 et 164 bis, respectivement Bronze Ancien, Moyen et début du Bronze Récent, invisibles quand les tombes du Bronze Final ont été creusées dans cette parcelle.

Les monuments mégalithiques eux-mêmes ont pu être enfouis (il y a une structure de cette époque dans la parcelle de la Caussade) ou volontairement détruits. Nous en avons la preuve vécue avec la ciste de Boujas (TAFFANEL-AMBERT 1975) heureusement découverte et fouillée peu avant sa destruction totale par la mise en culture de cette friche. Nous donnerons à la fin de cette étude les vestiges mégalithiques qui subsistent sur le terrain de la commune.

A Mailhac, on ne connaît encore que trois lieux de sépultures préhistoriques : la nécropole chasséenne du Péreiras. le dolmen de Mount-Marcou (MARTIN 1959) qu’on peut mettre en relation avec la station campaniforme d’Embusco, et la grotte de la Treille.

Pour le Bronze final, l’importante nécropole du Moulin, en relation avec le premier village du Cayla, est située et déjà bien étudiée.

En ce qui concerne la faune, seule la nécropole du Péreiras a été étudiée. Nous avons soigneusement recueilli celle des autres stations, et son étude serait souhaitable. Nous donnons ces sites dans l’ordre de l’inventaire, pour faciliter le travail dans le Dépôt de Fouilles.

Signalons que Mr. Hugues BOISSON a fait une analyse pétrographique très intéressante sur les tessons trouvés dans les fours de potiers du VIIème s. avant J.- C. (BOISSON 1997). Il resterait cependant à faire des comparaisons avec les argiles et les sables prélevés dans les environs. Annie MONTECINOS a fait aussi un bon travail sur la céramique des sites 2, 3, 5, 6, 7, 8, 9, 10 et 11 (MONTECINOS 2000). Elle a précisé et complété de nombreux profils, ce qui donne une image plus vivante de la vaisselle de cette époque (figure 138). A côté des grands vases de stockage (n° 263, 265) on trouve des marmites pour cuire les aliments (n° 285, 286) des jattes (n° 323, 324 (1), 324 (7), 324 (18) des écuelles individuelles ( n° 186, 202, 205, 309) des bols et gobelets pour les liquides (n° 305, 324 (4), 324 (9), 324 (16), 324 (21), 324 (22), 324 (34).

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