Exploitation minière et production des métaux dans l’arrière-pays narbonnais durant l’Age du Fer et la période romaine.

Menée depuis 2009 dans le cadre d’un doctorat en
Sciences de l’Antiquité préparé à l’université Toulouse
II - Le Mirail, l’opération de prospection thématique
Exploitation minière et production des métaux dans
l’arrière-pays narbonnais durant l’âge du Fer et la
période romaine (Aude)
a concerné cette année les
trois principales zones d’activités antiques reconnues
en 2009 (vallée de l’Orbiel en Montagne Noire,
Maisons-Monthaut et Padern-Montgaillard dans les
Corbières), et un nouveau secteur (plateau de Lacamp),
où se concentrent les principaux gisements de fer des
Corbières. Cette enquête vise à compléter la carte des
vestiges miniers et des sites de traitement anciens, et
dresser un premier bilan sur la production des métaux
dans l’arrière-pays narbonnais au cours de l’Antiquité,
dans le but d’en préciser les modalités économiques,
techniques et socio-culturelles et déterminer, à terme,
l’impact de la conquête romaine sur cette activité.

Au total, 55 sites ont été recensés cette année (33
mines, 21 sites métallurgiques ou indices d’activité
métallurgique, 1 habitat). Parmi tous ces sites, 19
peuvent être attribués avec certitude à l’Antiquité (12
mines, 6 sites métallurgiques, 1 habitat). En revanche,
aucun n’a été clairement daté de la Protohistoire ou
du Moyen Âge.

Dans la vallée de l’Orbiel, où la mise en valeur des
gisements cupro-argentifère a été plus particulièrement
étudiée, les indices d’une exploitation antique sont
peu nombreux, et remontent tous à l’époque romaine
républicaine (Les Barrencs, Lastours et Fournes-
Cabardès ; Roc des Cors, Fournes-Cabardès ; La
Cauna, Labastide-Esparbayrenque).

En revanche, dans le secteur de Padern-Montgaillard,
où affleurent de nombreux gisements à barytine
et cuivre argentifère (cuivres gris, type tétraédrite),
les prospections menées depuis 2009 ont révélé
le caractère intensif de l’exploitation minière. Une
soixantaine d’ouvrages anciens ont été repérés et
présentent en règle générale des caractéristiques
similaires (abattage par le feu et/ou à l’outil, section
étroite, dimensions limitées). Beaucoup ont fourni
du mobilier d’époque romaine républicaine (IIe-
Ier s. av. n. è.), largement dominé par les amphores
italiques, et, dans une moindre mesure, la céramique
campanienne A. Plusieurs éléments indiquent que
les exploitants ont alors prospecté intensivement
la zone, engageant une recherche systématique de
minéralisations exploitables. La présence d’argent (1 à 4 % d’une minerai de type tétraédrite) explique sans
doute l’intérêt porté à ces gisements durant la période
républicaine.

Les données acquises cette année confirment le
potentiel du secteur de Maisons-Monthaut, où
existait, au cours de la période romaine républicaine,
un ensemble de travaux miniers, parfois assez
développés (réseau souterrain de l’Abeilla), établis sur
les gisements de fer et les minéralisations à cuivre,
plomb et argent du col de Couise et du Monthaut. A
ces sites étaient vraisemblablement associés plusieurs
ateliers sidérurgiques, dont des vestiges ont été
découverts dans trois zones (vallon de l’Abeilla, vallon
de Saint-Siscle et vallon de Couise), mais qu’il est
impossible pour l’heure de dater de l’époque romaine.
En revanche, aucun élément ne prouve avec certitude
que les minerais de l’Abeilla étaient traités près de la
mine durant l’Antiquité.

Enfin, le secteur du plateau de Lacamp abrite la plus
grande concentration de gisements ferrifères des
Corbières (plus de 45 gîtes et indices recensés à ce
jour). Ces minéralisations correspondent à des amas
karstiques de morphologie complexe, atteignant
fréquemment plusieurs dizaines de mètres d’amplitude.
A ce jour, 8 zones d’extraction antiques ont été
reconnues. Les vestiges observés correspondent à
des fosses de quelques mètres à quelques dizaines
de mètres de longueur, parfois prolongées en
souterrain par des galeries et puits dans la plupart
des cas inaccessibles. Le mobilier antique recueilli
autour de ces travaux remonte aux IIe et Ier s. av. n. è.
Il existe des indices d’une extraction ancienne, sans
doute antérieure à l’époque moderne, dans 5 autres
zones. Ils permettent d’envisager une activité minière
antique assez développée, couvrant l’ensemble du
secteur de Lacamp (30 km² environ). Les éléments de
datation repérés en surface des ateliers sidérurgiques
confirment les données chronologiques fournies par
les zones d’extraction. En effet, 28 ateliers ou indices
certains de la présence de ferriers sont connus autour
du plateau, auxquels s’ajoutent les 5 ferriers identifiés
dans le secteur tout proche de Maisons-Monthaut.
Dix de ces ferriers ont fourni des éléments de datation
couvrant essentiellement les IIe-Ier s. av. n. è. et, dans
certains cas, le Ier s. de n. è. Il s’agit d’ateliers de taille
limitée, où la technique d’évacuation de la scorie par
écoulement de celle-ci à l’extérieur de la cuve du bas-fourneau
semble avoir été la règle.

Au terme de deux années de prospection, il est désormais
possible de replacer dans les Corbières centrales un
véritable district minier antique polymétallique, actif
essentiellement aux IIe-Ier s. av. n. è. et fondé sur la
mise en valeur des gisements de cuivre argentifère et
de fer. L’exploitation des amas de fer du plateau de
Lacamp semble toutefois s’être prolongée jusqu’à la
fin du Ier s. de n. è. Dans la Montagne Noire, la situation
paraît quelque peu différente. A la notable exception
de la mine des Barrencs, active à la fi n du IIe et au
début du Ier s. av. n. è., rares sont les indices d’une
mise en valeur des gisements non-ferreux de la région
à l’époque romaine. Cette situation contraste fortement
avec ce que l’on connaît de l’activité sidérurgique,
particulièrement importante dans ce massif entre les
années 50 av. n. è. et le IIIe s. de n. è. A l’image de
la situation prévalant dans les autres districts miniers
de la Gaule méditerranéenne ou en péninsule Ibérique,
la conquête de l’arrière-pays narbonnais par Rome à
la fin du IIe s. av. n. è. s’est donc accompagnée d’un
essor très important de l’exploitation minière qui, dans
le cas de la production de métaux non-ferreux, ne
semble pas s’être prolongée au-delà de la fin du Ier s.
av. n. è. La poursuite des recherches en 2011, via une
troisième campagne de prospection thématique et
une série de sondages, permettra de préciser certains
aspects de cette activité économique, en particulier
dans les domaines chronologique et technique.

Julien MANTENANT
(TRACES UMR 5608, UTM)