Lagrasse L’abbaye Le Bourg
Projet collectif de recherche
MOYEN AGE
EPOQUE MODERNE
[1]
L’abbaye de Lagrasse, dans les Corbières, fondée
ou rétablie à l’époque carolingienne, offre des
constructions échelonnées, dans le temps et dans
l’espace, qui forment un remarquable ensemble, vaste
et complexe, divisée en deux propriétés distinctes
depuis la Révolution. Après une phase préliminaire en
2007 (BSR 2007), l’équipe de chercheurs des universités
de Provence, Montpellier 3 et Toulouse 2, a entamé,
en 2008, un Projet collectif de Recherche centré sur
l’abbaye de Lagrasse, sous ses aspects historiques,
architecturaux et archéologiques, et, plus largement,
sur son terroir et son ancien domaine monastique.
Cette campagne a compris la poursuite et l’achèvement
de l’étude de la chapelle d’Auger de Gogenx, à l’étage
(vestibule et chapelle) ; la suite de l’étude du bras nord
du transept, de la sacristie et de la tour préromane,
commencée en 2007, et l’étude fine du dortoir en
complément de l’étude commencée dans le cadre
d’un Projet architectural et technique (PAT) en 2007 ;
la poursuite des relevés dans les secteurs en cours
d’étude en plan, coupes et photographies redressées,
au tachéomètre laser, sur logiciels TachyCAD.
Malgré la grande difficulté de lecture du mur nord de la
chapelle, une série d’éléments ont été identifiés comme
antérieurs aux autres constructions de l’étage. En plan,
ils pourraient avoir un lien avec l’arc oriental de la salle
basse ou bien avec le mur nord « préroman ou roman »
du rez-de-chaussée. A ce stade, la galerie nord n’existait
pas et n’était pas prévue. Toutes les autres maçonneries
de l’étage semblent appartenir à la chapelle d’Auger
de Gogenx et son vestibule. Les baies à lancettes du
mur sud confirment cette homogénéité et, à un degré
moindre, la baie nord à écoinçons ajourés, et le harpage
des murs aux angles nord-est de la chapelle et nord-ouest
du vestibule. Dans les maçonneries attribuables
à cet abbé bâtisseur, seul le rez-de-chaussée du mur
sud est en pierre de taille, sans doute prévu pour rester
apparent, tandis que les autres maçonneries devaient
être enduites. Hormis les restaurations, les différences
de mise en œuvre entre maçonneries de l’étage,
plutôt médiocres, et baies ou niches dont la taille et la
sculpture ont été particulièrement soignées, ne résultent
pas de chronologies différentes mais d’une économie
de moyens. Il existe une hiérarchie dans l’organisation
du chantier où seuls les éléments les plus prestigieux
(porte et niche du lavabo de la chapelle), exécutés
dans un grès ou calcaire gréseux à grain fin, de couleur
jaunâtre, furent commandés sur l’un des deux grands
chantiers actifs à proximité, ceux des choeurs des
cathédrales de Carcassonne et de Narbonne ; livrés
tout achevés, ils furent assemblés avec des éléments
secondaires façonnés à la demande dans un type de
matériau local, un calcaire froid de couleur gris sombre,
couramment utilisé dans les constructions de la fin du
XIIIe et du début du XIVe s. Un bilan documentaire sur
les peintures murales de cet ensemble a été amorcé
par Sandrine Junca, doctorante à Perpignan, associée
au projet.
A la demande de Françoise Sarret, conservateur des
musées de l’Aude, et en préalable à un démontage,
Andreas Hartmann-Virnich a procédé à un relevé avec
observations archéologiques de deux éléments en
remploi. Ces blocs étaient pris dans une canalisation
maçonnée appuyée après coup au mur sud et à
la porte méridionale, préalablement condamnée,
du « vestibule », au rez-de-chaussée et à l’ouest
de la salle dite du Trésor. Il s’agit, d’une part, du
fragment d’inscription du XIIIe siècle et, d’autre part,
d’une sculpture représentant un personnage vêtu,
aujourd’hui privé de sa tête, dont les caractéristiques
stylistiques, difficiles à apprécier avant démontage,
dénotent une influence du style gothique septentrional
du XIIIe siècle. La chronologie relative du bâti atteste
le caractère tardif de l’aménagement, après l’abandon
de la vie religieuse et avant la division définitive du
monument qu’elle entérine.
Du côté de l’église, du dortoir et de la sacristie, l’étude
a été menée en deux temps et selon deux cadres
différents. Une première investigation a été réalisée dans
le cadre d’un PAT concernant l’ensemble dortoir-cellier-sacristie,
démontrant la complexité de cet ensemble
et la nécessité d’approfondissements. Ceux-ci ont
été amorcés en fin d’année, à la faveur du démarrage
du chantier de restauration par la façade orientale du
dortoir. Cette grande salle occupe l’étage d’un bâtiment
oriental du monastère, dont l’étude archéologique a
montré qu’il a remplacé d’anciens bâtiments annexes,
entre les deux anciennes tours du côté de l’église (tour
préromane) et à l’angle nord-est du monastère, et à
l’est du mur d’enceinte (?) qui délimite le chevet de la
chapelle abbatiale. Ses 9 travées ont été définies de
façon à respecter au mieux la chapelle qui se trouve
en son milieu et ses murs ont été construits de fond
à l’est et surélevés sur l’existant à l’ouest. Le rez-dechaussée
est éclairé par une grande baie au sud et de
petites baies à l’est, positionnées de manière à éclairer
les anciens espaces de service (au rez-de-chaussée)
intégrés dans le nouveau bâtiment, ce qui explique la
répartition inégale de ces lucarnes, en contradiction
complète avec la position des contreforts. À l’étage du
dortoir, chaque travée est éclairée par une grande baie
au milieu entre les contreforts. Couvert d’une charpente
sur arcs diaphragmes, prévu pour la centaine de moines
qui résidaient dans le monastère au XIIIe siècle, il a abrité
un nombre de moines en constante diminution (70 en
1336, 32 vers 1511, puis 25). Le rez-de-chaussée, ou
« cellier », a été voûté à l’époque moderne (XVIe/XVIIe
siècle) d’un berceau qui prend naissance au sol et
chemise les murs antérieurs. Ce volume a été partagé
en salles d’inégales dimensions par les mauristes.
Ces derniers ont apporté des modifications au dortoir,
découpé en chambres individuelles avant même
l’arrivée leur arrivée : réduction des fenêtres médiévales
par l’insertion d’un linteau de bois ou d’une sous-face
plâtrée renforcée par des bois ; élargissement d’une
fenêtre en conservant un piédroit médiéval et en
démolissant l’autre, ouverture d’une fenêtre de mêmes
dimensions dans le trumeau. Les cellules, adaptées
à des besoins nouveaux, devaient être disposées sur
deux rangs séparées par un couloir, peut-être plafonné,
qui pouvait occuper la bande centrale dessinée par les
carreaux de sol.
Le programme pour 2009 prévoit des compléments
d’étude au transept, à la sacristie, au dortoir. L’analyse
du décor peint de la chapelle abbatiale devrait bénéficier
de l’étude technique du restaurateur commandée
par l’ACMH J.-L. Rebière. L’étude archéologique
portera sur le secteur nord-ouest (« écuries-porterie »)
compris entre une zone étudiée en urgence en 2007
et le bâtiment de la chapelle abbatiale. Ce secteur, qui
semble avoir conservé quelques vestiges d’époque
« préromane », paraît avoir été très remanié. Enfin, on
poursuivra le diagnostic général, déjà réalisé dans la
partie du Conseil Général, en l’étendant à la propriété
de la communauté de chanoines réguliers de Sainte-
Marie (église et cloître).
Nelly POUSTHOMIS-DALLE,
pour le collectif
[1] Notice extraite du Bilan Scientifique 2008 du Service Régional d’Archéologie de la Direction Régionale des Affaires Culturelles Languedoc-Roussillon
L'Herbiel de Gabriel


